Introduction aux cichlidés du lac Tanganyika et maintenances dans de petits volumes

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Catégorie de l'article: Poissons

Introduction :

" Tanganyika " ... pour certains un nom barbare à la prononciation incertaine, pour les aquariophiles et plus particulièrement pour une partie des cichlidophiles, un lac africain et sa population de cichlidés aussi magnifique qu'intéressante.

Mon idée, ici, est de présenter très simplement ce biotope et certains de ses cichlidés ainsi que la technique en aquarium. Je me limiterai à certaines (associations) espèces pouvant être maintenues dans des volumes " raisonnables " c'est-à-dire jusqu'à 200 litres.

Le lac Tanganyika et ses cichlidés :

Comparaison dimenssions entre la France et le Lac Tanganyika Le lac Tanganyika est un des trois grands lacs d'Afrique de l'Est (avec le lac Malawi et dans une moindre mesure le lac Victoria). Le terme " mer intérieure " correspondrait mieux à ce lac tant il est grand. En effet, le lac Tanganyika possède environs 2000 km de côtes dont 700 km de long (à notre échelle, cela correspond à la longueur de la France du nord au sud).
Il s'agit du second lac le plus profond au monde avec ses 1470 mètres de profondeur (les poissons, eux, ne vivent pas en dessous de 200 mètres). Le lac Tanganyika traverse quatre pays : la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Burundi et la Zambie. La chimie de l'eau du lac est assez particulière : l'eau est saturée en oxygène et extrêmement minéralisée. Le PH oscille entre 8,5 et 9,2, le GH est de l'ordre de 11° et le KH est de 17°. La température, elle, varie entre 23° et 27°.

Les cichlidés de ce lac (près de 180 espèces endémiques au lac) sont parmis les plus intéressants au monde : ils ont colonisé tous les biotopes et habitats possibles du lac en s'adaptant à chacun d'eux (régimes alimentaires, morphologie, ...)

Parmi ces habitats on trouve :
  • L'habitat rocheux abrupt peu profond : pour la majorité des espèces pétricoles (= qui vivent dans une zone rocheuse). De nombreux cichlidés ont choisi cet habitat qui offre énormément de cachettes.


  • Les coquilles vides : pour les espèces conchylicoles (= qui vivent dans les coquilles vides de gastéropodes). Beaucoup de coquilles de Neothauma tanganyicense jonchent le sol du lac et toute une série de cichlidés (de taille assez petite) ont choisi de se reproduire et de se protéger dans ces coquilles. On distingue, dans cette niche écologique, plusieurs " sous-niches " :
      1) les coquilles regroupées (ex : colonisées par les N. Multifasciatus) qui peuvent avoir plusieurs mètres d'épaisseur et plusieurs kilomètres de long.
      2) les coquilles regroupées mais pas entassées et se retrouvant près des rochers.
      3) les coquilles isolées (colonisées par des espèces comme le Brevis)


  • Le sable : les fonds sablonneux n'abritent que très peu de cichlidés car ils n'offrent pas énormément de protection aux poissons s'y aventurant. Seuls les cichlidés se déplaçant par bancs s'y aventurent.
Il ne s'agit là que de quelques types d'habitats, d'autres existent également : l'habitat peu profond riche en sédiments, les fonds vaseux, la pleine eau, l'habitat houleux, etc.

L'aquarium :

1) La cuve :

Bien entendu, plus la cuve est grande ... mieux c'est et ce, pour n'importe quel poisson. La taille de la cuve dépend, entre autre, des espèces maintenues. En règle générale c'est la surface au sol qui est la plus importante (Longueur x Largeur). Le bac ne doit pas forcement être haut (sauf pour les espèces vivant en pleine eau)

2) La filtration :

Voilà un des points les plus important pour la maintenance de ces poissons. Une filtration de 4 fois le volume du bac par heure est une bonne base. Le rejet du filtre peut se faire au dessus du niveau de l'eau (ou peut être orienté vers le haut) afin de créer des remous à la surface de l'eau ce qui permettra de faire monter le PH et d'obtenir une bonne oxygénation de l'eau. Afin d'obtenir une meilleure oxygénation de l'eau, les systèmes venturi (très simple à réaliser) sont idéaux. Une pompe de brassage est souvent rajoutée dans ce type de bac pour les mêmes raisons.

3) La décoration :

Le sol sera composé idéalement de sable (le sable de Loire est idéal) ou de gravier de très fine granulométrie car bon nombre des ces cichlidés (notamment les conchylicoles ou les sabulicoles) creusent le sol.

Les coquilles de gastéropodes sont indispensables si vous maintenez des espèces conchylicoles. Selon la taille de l'espèce, il est possible de mettre dans votre aquarium des coquilles d'escargots de Bourgogne que vous trouverez en grande surface pour quelques euros. Il est également possible de mettre des bulots (malheureusement assez complexes à nettoyer) ou si votre porte-monnaie le permet (et en fonction de la disponibilité dans le commerce) des Neothauma tanganyicense (+/- 1 euros à 1,5 euros par pièce).

Les plantes sont présentes dans le lacs en quantité très réduite ( ceratophyllum, vallisneria, …) et dans des zones (baies vaseuses) où peu de cichlidés vivent. Ce n'est pas pour autant qu'il faut s'en priver en aquarium (à moins d'être un puriste à 100%). Les plantes participent à l'équilibre de l'aquarium notamment en consommant une partie des nitrates présents dans l'eau ; ce qui n'est pas négligeable pour ce type de biotope. Bon nombre de cichlidés creusent le sol ; il conviendra donc de placer les plantes pas trop près de leurs territoires, d'accrocher certaines plantes sur des roches (microsorium, anubias) ou encore de laisser ces plantes dans des pots (vallisneria, crinium, …). De la ceratophyllum (idéale car très grande consommatrice de nitrates) peut, également, être coincée derrière des pierres ou laissée comme plante de surface.

Les rochers : Un amoncellement rocheux est indispensable pour les espèces pétricoles. Des pierres calcaires peuvent être une solution si votre eau est trop douce (sinon ce n'est pas indispensable). Pensez à réaliser un amoncellement en hauteur car les poissons dominés trouveront refuge dans cette zone de l'aquarium. Attention aux pierres très calcaires (proche de la craie) car avec le temps et l'eau du bac, certaines pierres se scindent … je vous laisse imaginer ce qu'il se passerait en aquarium. Dans le même ordre d'idée, veillez à réaliser un empilement stable (de la colle à usage aquariophile peut être utilisée pour coller les pierres entre elles) ; les pierres à la base de l'édifice rocheux doivent être posées sur la vitre du bas (et non pas posées sur le sable car, je vous le rappelle, bon nombre de cichlidés creusent et pourraient rendre l'empilement instable).

4) L'éclairage :

L'éclairage ne doit pas être trop fort (1W pour 4-5 litres étant bien suffisant) et ce pour deux raisons : assez peu de plantes seront présentes selon les bacs (les algues risquent de profiter d'un éclairage trop fort) et, personnellement, je trouve que ces cichlidés sont bien plus jolis et leurs comportements plus naturels et intéressants lorsque le bac n'est éclairé que par la lumière de la pièce.

5) Les paramètres :

En aquarium, l'oxygénation du bac et le pH semblent être les 2 valeurs les plus importantes. Une excellente oxygénation et un PH voisin de 8,5 est idéal (le PH ne devrait pas descendre en dessous de 8). La dureté de l'eau et la dureté carbonatée peuvent être élevées en évitant les extrêmes. Les nitrites devront être, bien sûr, de 0 mg/l et le taux de nitrates devra être le plus bas possible (nul si possible). Les algues seront les premières à bénéficier des ces nitrates (bacs peu plantés)

6) La nourriture :

Ces poissons ne sont pas très difficiles en aquarium à condition de respecter certaines règles notamment de respecter les régimes alimentaires (herbivore, carnivore, …), de ne pas donner de nourriture avec ajout de graisse animale (car les poisson vont les stocker dans leur foie qui va se dégénérer). Les vers de vase sont très fortement déconseillés pour ces mêmes raisons.

Présentation de quelques espèces en fonction du volume :

Pour une maintenance optimale de ces poissons, je pense qu'un aquarium d'une contenance de 60 litres est un minimum (en fonction des espèces). J'aimerais rappeler que même si certains cichlidés sont petits (dits " nains ") cela ne veut pas dire qu'on peut les enfermer dans de petits volumes. Ce sont des cichlidés qui ont, comme tous les poissons de cette famille, la particularité d'être territoriaux (les cichlidés africains étant les plus territoriaux parmi cette famille).

Il convient aussi de peupler les aquariums en fonction des régimes alimentaires des poissons. En effet, certains poissons herbivores comme les tropheus ont besoin d'une alimentation strictement végétale sous peine de problèmes intestinaux qui entraîneraient la mort des poissons (une maintenance spécifique est idéale pour ces poissons). Il faut également éviter de maintenir des poissons trop proches morphologiquement afin d'éviter des hybridations éventuelles. Néanmoins, le fait de maintenir des poissons totalement différents ne garantit pas qu'une hybridation soit impossible.

La liste des espèces mentionnées ci-dessous n'est, bien sûr, pas exhaustive. Il s'agit, simplement des espèces les plus courantes dans le commerce et pour lesquelles des maintenances (et des reproductions) dans ces volumes ont été observées.

1) De 60 litres à 100 litres :
Ce volume peut être envisagé pour maintenir une petite espèce du lac principalement conchylicole. Une simple plage de sable et des coquilles d'escargots feront le bonheur de ces poissons.

Neolamprologus multifasciatus
Il s'agit du plus petit cichlidé du monde (4 cm maximum). Multifasciatus signifie " plein de bandes ". Chaque individu (les mâles sont polygames) possède sa propre coquille au sein d'une colonie. Il s'agit d'un poisson très prolifique au niveau des reproductions. Un trio (1 mâle et 2 femelles) est une bonne base pour débuter une petite colonie dans un aquarium de 100 litres. Neolamprologus multifasciatus


Neolamprologus Similis
Souvent surnommé " le cousin du multi " pour sa ressemblance morphologique (le patron de coloration au niveau des lignes change par rapport au multifasciatus). Comportements et maintenance similaires à ceux des multis à l'exception que ces poissons vivent plutôt en couple au milieu d'autres couples. Relativement timide. Neolamprologus Similis


Neolamprologus brevis
A maintenir en couple dans des aquariums de minimum 60 litres. Le mâle est plus grand que la femelle (5 cm et 3,5 cm). Une seule coquille (prévoir une coquille assez grande car le couple utilise cette coquille communément) est nécessaire. Eviter de mettre plusieurs couples dans un volume inférieur à 200 litres. Il risque d'y avoir conflit (et souvent mort d'un poisson) entre les différents mâles même si les territoires sont bien marqués. Neolamprologus Brevis


Lamprologus Ocellatus
Attention ... poisson à très fort caractère. Pour défendre son territoire, il est prêt à tenir tête à des poissons souvent bien plus gros que lui. A maintenir en trio (1 mâle et 2 femelles) dans des aquarium d'environ 100 litres. Une forme " jaune-orangée " existe également. Poisson magnifique à observer à la lumière du jour avec ses reflets bleutés au niveau des flancs ... une merveille ! Lamprologus Ocellatus


Un couple de Julidochromis Ornatus ou d'Altolamprologus Shell (cf ci-dessous) pourrait, également, trouver sa place dans ces bacs (100 litres) ainsi que d'autres espèces (plus rares) comme Neolamprologus meleagris (trio), Lamprologus kungweensis (couple), Lamprologus signatus (couple), etc.

2) De 120 litres à 200 litres :
Dans ces volumes, il est possible d'associer 2 espèces de petites tailles (1 espèce conchylicole et 1 espèce pétricole). Le bac devra donc comporter un amoncellement de roches et une plage de sable avec des coquilles d'escargots. Veuillez également à créer des territoires bien distincts (exemple la zone pétricole à gauche sur 1/3 du bac et la zone conchylicole à droite avec 2/3 de surface totale)

A) Propositions pour la zone pétricole (1 seule espèce) :

Altolamprologus " shell "

Il s'agit de l'espèce la plus petite parmi les Altolamprologus (les autres espèces sont les Calvus " black " ou " white " et les compressiceps) Espèce pétricole " particulière " car le mâle vit, effectivement, dans la zone rocheuse alors que le territoire de la femelle (3-4 cm) est constituée d'une coquille où elle se réfugie et se reproduit. En effet, le mâle est trop gros (+/- 6-7 cm) pour rentrer dans la coquille. A maintenir en couple. Altolamprologus shell


Julidochromis Ornatus

A maintenir en couple. Espèce relativement petite (jusqu'à 8 cm) parmi les julidochromis et relativement pacifique (mais défendant leur progéniture avec acharnement). Les couples se forment naturellement. Il convient de laisser les poissons se choisir librement (en introduisant par exemple, dans un bac annexe, 5-6 juveniles). La maintenance d'un mâle et d'une femelle qui ne se sont pas choisis mutuellement peut mener à une catastrophe ... en peu de temps. Julidochromis Ornatus


B) Propositions pour la zone conchylicole (1 seule espèce en couple ou en colonie en fonction du mode de vie) :

Une colonie de Multifasciatus (cf ci-dessus)
Une colonie de Similis (cf ci-dessus)
Un couple de Brevis (cf ci-dessus)
Un trio de Lamprologus Ocellatus (1 mâle et 2 femelles)

Liens intéressants / bibliographies :

Site web :
Lac Tanganyika

http://www.destin-tanganyika.com/
http://tanganyika-cichlids.com/

Livres :
"Le guide Back to nature des Cichlidés du lac Tanganyika", Ad Konings, Cichlid press, Allemagne, 1996 (idéal pour débuter avec les poissons de ce lac)

"Les cichlidés du lac Tanganyika dans leur milieu naturel", Ad Konings, Cichlid press, Allemagne, 1998 ( LA référence. De magnifiques photos issues du milieu naturel. Indispensable pour les fanatiques du lac Tanganyika)

Conclusion :
J'espère que cette petite introduction au monde passionnant des cichlidés du lac Tanganyika vous a plu autant que j'ai apprécié l'écrire. Les cichlidés de ce lac méritent que l'on s'intéresse à eux tant leurs comportements sont intéressants et leur beauté exceptionnelle.
A bon entendeur ...

Auteur de l'article et des photos : Joël Demol, Novembre 2005.

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Article réalisé par le , modifié le 09 Août 2008.

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