Journal d'une pêche d'un petit etang ou l' entretien d'un bac peu ordinaire

Citation : 9 heures du mat, 14 décembre 2008, température extérieure: -5°but de la mission:(nous l'avons, évidemment, acceptée!) vidanger et pêcher l'étang afin de connaître la population et de limiter les es...

Catégorie de l'article: Reportages


9 heures du mat, 14 décembre 2008, température extérieure: -5°





but de la mission:(nous l'avons, évidemment, acceptée!)

vidanger et pêcher l'étang afin de connaître la population et de limiter les espèces indésirables.



le choix de la saison:(Et je vous assure que ce n'est pas que par pure volonté de tester notre résistance au froid!)

Il est motivé par plusieurs raisons:
Le débit du petit ruisseau qui alimente la retenue d'eau est à son maximum à cette époque de l'année.
Cela limitera les perturbations du cours d'eau en aval de l'étang, l'eau de la vidange charriant boues et autres sédiments.
De plus, cela permettra un remplissage plus rapide lors de la dernière phase de la pêche.

Le froid est aussi notre allié.
Il a pour avantage de ralentir le métabolisme des poissons et de limiter la perte d'oxygène de l'eau des bacs prévus pour les accueillir une fois pêchés et triés.
Nous sommes tout de même inquiets.
La température de l'eau des bacs est très basse (elle a gelée pendant la nuit sur 10 cm d'épaisseur).
Nous espérons que les poissons vont supporter l'eau quasi glacée...




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Vue sur l'étang se trouvant à La Chapelle, commune de Molles, au cœur de la montagne bourbonnaise (sud-est de l'Allier, nord de l'Auvergne).



Trois centimètres de glace emprisonnent les eaux sombres, l'air est froid mais le soleil est au rendez vous...

Nous ne sommes pas les premiers, les « anciens » s'affairent déjà depuis une bonne demi heure autour de Jean Pierre (Le boss comme certains l'appellent). Quelques uns ont déjà bossé la veille.

La buse de l'étang a été ouverte hier et l'eau s'est écoulée doucement toute la nuit.
Elle était fermée par une quille de châtaignier, pièce de 2m de long environ taillée en cône et bouchant un système de bonde très proche d'une bonde classique de baignoire(en peu plus gros!!).

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La quille s'enfonce verticalement dans un cylindre de béton conique débouchant lui même sur un coude relié à l'évacuation de l'étang.
Le système est bien sûr immergé et se trouve au point le plus bas de l'étang prés de la digue.
L'évacuation débouche en contre bas dans un champ à environ 30 m de la digue.

Là, une pêcherie a été réalisée cet été. Il s'agit d'une cuve de béton de 2m3 terminée par une grille permettant à l'eau de passer mais retenant les poissons.

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Par mesure de prudence, la pêcherie est suivie par un petit bassin creusé à même le sol pouvant être lui même obturé par une deuxième grille.
L'eau retrouve ensuite le cours naturel du ruisseau rejoint quelques mètres plus loin par le trop plein de l'étang et, va se jeter plusieurs kilomètres en aval dans un étang beaucoup plus grand ( 7 hectares!!!).




Notre premier boulot est de casser les 10cm de glace recouvrant la surface des cuves destinées à recevoir les poissons une fois péchés et triés.( très bon pour la circulation sanguine!!)

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Gilles, le plus aguerri d'entre nous, semble inquiet, l'eau ne s'écoule pas normalement et le faible débit met en péril le timing serré de l'opération.


En effet, la pêche doit se dérouler en trois temps:


*Vider l'étang jusqu'au moment où le peu de volume d'eau obligera les poissons à s'approcher trop prés de l'évacuation ouverte de l'étang et à être, de fait, aspirés et conduits vers la pêcherie.


*Pêcher et trier les poissons puis les repartir le plus vite possible dans les bacs prévus, le tout bien sûr sans les blesser pour éviter au maximum de les affaiblir voir de les perdre.


*Remettre les poissons à l'eau impliquant d'avoir laissé assez de temps à l'étang pour se remplir quelque peu.


Quelque chose semble boucher l'évacuation et ce n'est qu'au bout d'une demi heure d'efforts acharnés qu'un bout de parpaing est retiré de l'œil (bouche d'entrée de l'eau).

L'eau retrouve un débit normal et l'ami Gilles estime le début de la pêche aux alentours de 12h30.

Il ne reste plus qu'à laisser faire et quoi de mieux pour combler l'attente qu'un bon verre de vin chaud suivi d'un copieux casse croûte dans la pure tradition auvergnate.
Charcuteries, fromages, pain et bien sûr produits de la vigne!! Pas très diététique mais par ces conditions hivernales des plus salutaires!



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12h30 tapantes,
Des cris proviennent de la pêcherie.
Les premières écailles font leur apparition dans l'épuisette...(impressionnant d'exactitude le père Gilles et il n'en est pas peu fier le bougre!!)

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Ce sont des perches arc en ciel ( Lepomis gibbosus ) et des perches rayées(Perca fluviatilis ).

Les deux espèces ne seront pas remises à l'eau. La limitation de leur prolifération est l'un des buts non cachés de la pêche.

Les premières sont un vrai fléau dans un étang de petite taille. Elles se propagent à une vitesse folle se nourrissant d'une bonne partie de la fraie des autres espèces.
Elles sont originaires d'Amérique du nord et ont été introduites en Europe à la fin du 18éme siècle.
Elles sont considérées comme nuisibles (même si je n'aime pas ce terme) et il est interdit de les transporter vivantes.

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perches arc en ciel

Et il faut dire qu'elles représentaient 75% de nos dernières filoches.(immangeables à cause de leurs nombreuses arêtes!!)

Les deuxièmes sont des poissons beaucoup plus intéressants( d'un point de vue de pêcheur) bien qu'étant de grand prédateurs aussi.

La perche rayée peut atteindre à l'age adulte une taille respectable (3kg) ce qui en fait un bel adversaire . C'est aussi un mets assez recherché.

Mais hélas, nous ne voyons que des individus de petites tailles, et il s'avère, selon les dires de nos spécialistes, que ce sont des poissons nanifiés.
Ceci est du à leur sur-population et au manque de nourriture induit par celle ci au vu de la taille de leur espace vital.

Certaines de ces dernières finiront dans l'estomac des pêcheurs certains les appréciant en friture.


Pendant un moment, nous ne pêchons que des perches, quand un premier brochet (Esox lucius ) fait son apparition, bientôt suivi d'un deuxième et d'une belle perche rayée d'environ 1kg,

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perche rayée

Le premier brochet n'est pas très gros (environ 50 cm), le second commence à être de belle taille (environ 75cm).

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brochet

Puis c'est au tour des carpes (Cyprinus carpio ), deux variétés principalement:

-des carpes dites communes
-des carpes cuir

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Il est assez surprenant de voir que les différentes espèces semblent se succéder sans se mélanger sauf bien sûr nos « amies » les perches qui sont de chaque coup d'épuisette.
Vient le tour de quelques tanches (Tinca tinca ) et d'enfin quelques gardons (Rutilus rutilus ), rotengles (Scardinius erythrophtalmus ), chevaines (Leuciscus cephalus ), et goujons (Gobio gobio ).

Mais leur nombre est anormalement faible et l'inquiétude s'empare de nous;
Serait il possible que les perches aient quasiment fait disparaître toute la friture de l'étang?
Une autre chose nous inquiète...De nouveau, le débit faiblit de façon anormale...
Une carpe s'est coincée à son tour dans l'évacuation et ce n'est, hélas, qu'au prix de son intégrité physique que l'eau retrouve le chemin de la pêcherie.
et là, c'est la pêche miraculeuse...
Comme libérée par le sacrifice de la malheureuse carpe, une armada argentée s'abat dans la pêcherie et sur la table de tri!!!



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Nous sommes tout bonnement dépassés.
Une multitude de gardons, goujons de toutes tailles à trier avec soin et attention puis à mettre dans les bacs prévus pour la petite friture.
Il faut faire vite car ils sont fragiles et les risques de pertes sont importants.

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Après une heure de bouillon complet, les arrivées diminuent.
Il ne reste plus qu'à pêcher les retardataires.
La dernière phase commence alors.
Nous profitons du très bas niveau de l'étang pour enlever le plus possible de vase accumulée vers l'évacuation mais le temps nous manque et nous devons impérativement le reboucher si nous voulons ré-introduire les poissons dans le minimum d'eau nécessaire pour leur assurer un retour sans dommage dans leur foyer aquatique!


L'opération consistant à remettre la quille tient plus du casse tête chinois que de la préparation du bain de bébé!!!
Il faut la repositionner en trouvant son positionnement d'origine, bien sûr à l'aveugle et dans une eau extrêmement fraiche.( et c'est peu dire!!)

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Ensuite, vu le coté rustique du système, il faut etanchéifier la prise d'eau et là, combine de nos vieux de la vieille: mettre du fumier décomposé tout autour de la quille et le tasser au mieux le tout dans l'eau bien sûr...

Malgré mon incrédulité, le « truc » fonctionne et l'eau, enfin, s'arrête de couler dans la pêcherie.

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C'est gagné, il ne reste plus qu'à attendre le plus tard possible que l'eau remonte pour y remettre les poissons sans se faire prendre par la nuit, ni par les intempéries qui s'annoncent au vue des nuages menaçants et du vent glacial qui commence à souffler.

16h30,
La lumière faiblit dangereusement quand la décision est prise de lancer la ré-introduction.
Quelques coups d'épuisette maniée de main de maitre, suffisent à mettre les différentes espèces dans des seaux et autres bassines prévues pour le transport des poissons.

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Le toujours vaillant Gilles réceptionne les poissons et les ré acclimate tout en douceur avant de leur redonner la liberté dans l'étang en cours de remplissage.

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A 17h15 toutes les écailles ont retrouvé les eaux froides mais rassurantes, le tout sans perte significative.
Le lendemain, l'étang a quasi retrouvé son niveau d'origine et nous n'avons pas vu de signe laissant craindre quant à la survie des poissons ré introduits!!

bilan de la pêche:

106 carpes faisant entre 500g et 2 kg.

21 tanches mais on soupçonne que d'autres soient restées envasées dans l'étang.

2 brochets.

1 perche rayée d'environ 1kg.

150kg (environ) de gardon, chevaines, rotengles, vandoises (Leuciscus leuciscus ) et goujons de toutes tailles.

...Une quantité non estimée mais très importante de perches arc en ciel et des perches rayées non remises à l'eau.



Un bon repas dans un petit resto de campagne clôture une froide mais fort sympathique journée.
Nous rejoignons nos foyers la tête remplie de reflets d'écailles multicolores que seuls nos rêves de plongées extraordinaires et de pêches miraculeuses nous avaient laissé entrevoir.


Un grand merci à tous les participants.






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Article réalisé par le , modifié le 21 Décembre 2008.

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