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URDOS (64). --L'enquête sur les circonstances de la mort de Cannelle, tuée lundi par un chasseur, a débuté. Reste à savoir pourquoi une battue a eu lieu dans une zone où sa présence était signalée
Cannelle défendait son petit :Xavier Sota
Hélitreuillage. Le cadavre de Cannelle a été transporté à l'Ecole vétérinaire de Toulouse. Elle était la dernière femelle ourse de souche pyrénéenne
PHOTO ALAIN GUILHOT
Depuis hier matin, les enquêteurs sont à pied d'oeuvre pour tenter de reconstituer le film des événements qui a conduit à la mort de Cannelle, la dernière ourse des Pyrénées abattue lundi par un chasseur, dans une zone boisée située à flanc de montagne. Les hommes de la brigade des recherches d'Oloron, les gendarmes du PGHM, leurs collègues de Bedous et plusieurs agents de de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, sont revenus sur les lieux pour procéder à une mise en situation avec le groupe de chasseurs impliqués dans cette affaire. Tous cherchant à comprendre dans quelles circonstances l'animal a été abattu.
Lundi matin, six chasseurs montent sur les hauteurs d'Urdos, dans le secteur du Rouglan, pour procéder à une battue au sanglier. Partis chacun dans une direction différente, les chasseurs se sont donnés rendez-vous sur un point élevé aux alentours de midi. Arrivés sur place, quatre membres du groupe ne voient pas revenir les compagnons de battue qui manquent à l'appel. Lorsqu'ils entendent des coups de feu, ils tentent de contacter les absents avec leur téléphone portable. L'un des deux égarés répond alors, et leur annonce qu'il se trouve face à un ours.
Face-à-face. Selon les premiers témoignages, l'ourse s'est retrouvée devant un chasseur et ses chiens. Elle s'est avancée en manifestant quelques signes d'agressivité. L'homme, la voyant approcher, lui a jeté sa veste pour l'aveugler. Après avoir rebroussé chemin, l'ourse est revenue puis a donné un coup de griffe à l'un des chiens, qu'elle a blessé. Pour tenter d'éloigner l'animal, le chasseur a tiré un coup de feu en l'air.
La manoeuvre a réussi. Mais c'est à ce moment que l'ourse est tombée face-à-face avec un second chasseur. Ce dernier a aperçu Cannelle, avec son ourson qui se trouvait à cinq mètres de distance. Agé de 68 ans et considéré comme expérimenté, l'homme a reculé et s'est jeté dans la pente, abrupte. Il a atterri sur un talus quatre mètres plus bas. L'animal se mettant à le suivre, le chasseur a sauté à nouveau, et aurait parcouru ainsi un dénivelé d'une quarantaine de mètres.
Le chasseur, légèrement blessé, a déclaré aux gendarmes avoir attendu que l'ours s'en aille. Trente minutes plus tard, il serait remonté pour déboucher sur le plateau du Rouglan et se diriger vers le bois. Tout cela pour voir l'ours fondre à pleine vitesse sur lui. Tentant de fuir, il a jetté un coup d'oeil derrière lui. Cannelle était toujours sur ses talons, à peine à trois mètres. L'homme a alors fait feu, sans même épauler son fusil. L'ourse, gravement blessée, a pris la fuite chuté dans un ravin. Son cadavre sera retrouvée en fin d'après-midi, 250 mètres plus bas.
Alertés, les gendarmes et les agents de l'Office nationale des forêts se sont rendus sur place. Les chasseurs, atterrés, les attendaient. Tandis que ces gémissements résonnaient alentours : ceux de l'ourson de dix mois, désormais orphelin (lire par ailleurs).
Procédure traditionnelle. Hier, la mise en situation a duré près de trois heures. L'hélicoptère de la Gendarmerie de Tarbes a ensuite transporté le cadavre de Cannelle à Pau, avant que ce dernier ne soit transporté par la route à l'Ecole vétérinaire de Toulouse. Aucun des chasseurs impliqués n'a été mis en garde à vue. En fin de journée, ces derniers ont à nouveau été entendus à la gendarmerie de Bedous, puis laissés libres.
Selon une source proche de l'enquête, le déroulement des faits ne devrait pas prêter à contestation. Reste maintenant à savoir pourquoi le groupe de chasseurs s'est rendue dans une zone où l'on savait qu'un ours se trouvait. Il apparaît en effet que la société de chasse d'Urdos a bien été informée samedi 30 octobre, de la présence de Cannelle et de son petit dans le secteur d'Urdos, suite notamment à la découverte d'excréments frais.
Le directeur de l'Institution Patrimoniale du Haut Béarn (IPHB) avait alors contacté la société de chasse, selon la procédure traditionnelle, afin d'avertir de la présence des deux animaux et préserver leur quiétude. Ce jour là la chasse n'était pas interdite, mais fortement déconseillée du fait de la présence des ursidés.



